Marina Plowman n’avait que 15 ans lorsqu’elle a fait le voyage de sa vie à travers les eaux froides infestées de glaces de l’Atlantique Nord à bord d’un navire légendaire, le Northern Ranger.

C’était en 1953 alors que Marina revenait chez elle à Port au Choix à partir de Saint-John’s où elle s’était rendue pour passer un examen médical concernant un problème de santé touchant sa colonne vertébrale.

Elle a été diagnostiquée de tuberculose de la colonne vertébrale et elle a dû passer plusieurs années au sanatorium The San à Corner Brook (dont 6 mois avec la tête vers le bas).  La tuberculose de Marina a entrainé que sa colonne vertébrale s’est légèrement soudée et qu’elle a porté un sac sur sa jambe.

Le Northern Ranger était un navire côtier exploité par le Newfoundland Railway (et plus tard par CNR) au nom du Département fédéral des transports.  Pesant 1 366 tonnes et mesurant 228 pieds de long, le bateau à vapeur faisait le trajet entre St. John’s et Corner Brook, sur la côte ouest, toutes les deux semaines. On l’utilisait pour transporter des passagers, parfois du courrier et des marchandises très attendues par les nombreuses communautés qu’il desservait.

Pour une jeune fille de 15 ans, voyager sur le navire côtier constituait une aventure, d’autant plus que c’était sans doute un peu effrayant, car elle voyageait seule.  N’ayant qu’une une seule tenue avec elle, Marina a donc pris place à bord du grand navire au port animé de St. John’s pour débuter un « voyage en bateau », tel qu’on disait à l’époque.

Et finalement, elle a passé près d’un mois à bord de ce célèbre bateau côtier, dont le jour de Noël.  La durée de traversée habituellement de 2 semaines s’est prolongée de manière inattendue en raison des conditions de glace et du climat hivernal.

Au cours de cette traversée d’un mois sur l’océan, elle a eu l’occasion de visiter de nombreux endroits tels que Fogo, Lewisporte, Conche, Roddickton et St. Anthony. Elle a ainsi profité des paysages marins et des paysages côtiers de ses ports d’escale, ainsi que de tous les moments de plaisir sur le navire.

Pour passer le temps, elle jouait aux cartes et elle fréquentait de nouveaux amis.

« Je me suis bien amusée »

À un moment donné, le navire s’est trouvé coincé à Battle Harbour alors que la glace sévissait dans le port.

« Le bateau ne pouvait simplement plus avancer », se souvient Marina.

Finalement libéré de la glace, le navire a dû regagner Corner Brook, car le combustible de soute était presque épuisé.

Lorsque le navire est arrivé à Corner Brook, le jour de Noël, le père de Marina, Ernest Billard, un marchand de Port au Choix, avait envoyé un message par télégraphe à sa sœur et à son époux (Vange et Roland Cadet). Le couple est donc allé la chercher au port. Ils lui ont acheté un manteau blanc, puis ils l’ont amenée à la messe de minuit.

Après la messe, elle est retournée au navire pour poursuivre son voyage vers le nord, en direction de chez elle.

 

Le plus beau souvenir

L’un des moments les plus mémorables du périple de la jeune fille à partir de Port au Choix a été lorsqu’elle a reçu une nouvelle tenue d’un personnage plutôt légendaire.

Son père avait de nouveau utilisé le service de télégraphie pour demander une autre faveur. Cette fois, c’était à un représentant de commerce qu’il avait souvent rencontré en tant que marchand.  Son père voulait s’assurer que sa fille aînée ait d’autres choses à porter que la tenue qu’elle avait sur le navire.

L’homme n’était d’ailleurs nul autre que Gerald S. Doyle.  Ce célèbre Terre-Neuvien était un homme d’affaires, un collectionneur de chansons folkloriques et le fondateur du Doyle Bulletin. Doyle a passé beaucoup de temps à voyager par bateau et à faire escale dans des centaines de petits villages isolés.

D’une grande gentillesse, il était heureux de lui rendre service. Il a donc acheté une nouvelle tenue, une robe.

Au total, Marina a passé 31 jours sur le navire.

Elle est finalement arrivée à Port Saunders le 31 décembre, se rappelant que c’était une nuit de pleine lune.

Son père était là pour l’accueillir et la ramener finalement à la maison après une longue absence sur terre et en mer.

 

Marina, ma mère, décédée en août 2017, aimait raconter des histoires et elle avait une mémoire remarquable, se souvenant de nombreux événements survenus au fil des ans.

Le voyage sur le Northern Ranger était l’un de ses épisodes préférés de sa vie qu’elle partageait souvent avec sa famille et ses amis.  Il s’agissait d’un de ces souvenirs qui ont toujours réchauffé son âme.

Pour une jeune fille provenant d’une petite communauté rurale de Terre-Neuve, passer 31 jours en mer à bord du grand  Northern Ranger a vraiment été un exemple de ce que c’est que de se trouver « plus près du paradis par la mer ».

 

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