Fiers de notre histoire - Le Trepassey

| Dr. George Burden

Marine Atlantique, son prédécesseur CN Marine ainsi que les navires côtiers de Terre-Neuve d’avant la confédération sont fiers de leur riche tradition de services offerts aux gens du Canada atlantique, qu’il s’agisse de leurs gares maritimes, de leurs navires à passagers ou de leur service ferroviaire. Le blogue suivant a été soumis par le blogueur invité, Dr George Burden

Blogue hôte – Dr George Burden

Le Trepassey est un navire de Terre-Neuve construit au milieu des années 1940 ayant une riche histoire. Il figure d’ailleurs sur les timbres postaux des territoires antarctiques britanniques et des îles Falkland. Il porte aussi le nom d’une base antarctique britannique. Il a navigué dans le cratère inondé d’un volcan en activité. On a même donné son nom à l’île de Trepassey en Antarctique!

Le Trepassey était l’un des dix navires de la flotte connue sous le nom de Splinter ayant été construits « … à Clarenville à Terre-Neuve entre 1944 et 1947.  Ces navires ont été construits pour le compte du gouvernement de Terre-Neuve et ils étaient en service chez Newfoundland Railway.  Les navires ont été nommés d’après différentes communautés de la province. » (http://www.newfoundlandshipbuilding.com)

Selon « The Trepassey Story » (L’histoire du Trepassey) de Wilfred Sutton, le Trepasseyavait un tonnage brut de 322 et une charge utile de 191. Le navire mesurait 37,95 m (124,5 pi) de long, 8,6 m (28,2 pi) de large et il avait un tirant d’eau de 3,65 m (12 pi).  Il avait un équipage de douze personnes et pouvait transporter 25 passagers. Il a été le premier navire construit à Terre-Neuve doté d’un radar d’aide à la navigation.

Selon Sutton, le Trepassey original « … a coulé le 16 juillet 1964 alors qu’il desservait une plate-forme pétrolière dans la région de l’île de Sable, à environ 120 km (75 mi) au sud de Halifax. » Il n’y a pas eu de victimes.

Capitaine Eugene Burden

Vers le milieu des années 1940, leTrepassey était sous le commandement du capitaine Eugene Moores Burden (1892-1979), un marin expérimenté dans des conditions de glace (et le grand-oncle de l’auteur).  Le capitaine Burden est né et a grandi à Carbonear à Terre-Neuve. Il a servi dans les marines marchandes et dans la Marine Royale britanniques pendant la Première Guerre mondiale, puis dans la Marine royale canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1918, il a participé à la dangereuse opération de sauvetage des survivants de l’épave du Florizel. Pour ses efforts, il a reçu une médaille de la Royal Humane Society pour la bravoure en mer. Il était également l’un de ces capitaines dotés d’une capacité innée à naviguer dans des conditions de glace; c’est la raison pour laquelle il a été choisi pour piloter le Trepassey à travers l’Antarctique en 1946 et 1947.

Faisant partie du British Antarctic Survey et du projet Tabarin, il a cartographié le littoral et a donné le nom du navire à l’île Trepassey. Il a aussi fondé la base Trepassey sur l’île Stonington. Il a fait le levé d’une partie du dernier terrain de l’Antarctique et en cours de route, il a franchi pour la première fois la voie navigable reliant Bransfield aux îles D’Urville, qui s’appelle désormais le passage Burden. Il a même navigué dans le cratère d’un volcan en activité, connu sous le nom d’Île de la Déception, pour sauver trois scientifiques abandonnés et il a amené une équipe de caméras dans l’Antarctique afin de fournir des images pour le film « Scott of the Antarctic ».

Lorsque Oncle Gene (comme l’appelait ma famille) a servi dans la Marine royale pendant la Première Guerre mondiale, il était un matelot qualifié, une chose étrange pour quelqu’un qui était déjà formé dans l’art de la navigation. Après la guerre, il a été capitaine d’une goélette à trois mâts, naviguant de l’autre côté de l’Atlantique vers l’Italie; ce qui est tout un exploit avec une boussole, un sextant et un chronomètre. Il a vu son ancien navire de la Royal Navy dans le port et s’y est rendu pour une visite.  Son ancien capitaine l’a salué et lui a demandé qui était le capitaine du navire à bord duquel il se trouvait.  Oncle Gene a répondu : « C’est moi ». Le capitaine lui répondit : « Quoi!  Pourquoi ne pas nous avoir dit que vous saviez naviguer, nous vous aurions affecté au pont! »   Sa réponse, « Personne ne me l’a demandé Monsieur! »

Oncle Gene a également servi dans la marine marchande pendant la Grande Guerre et il a parfois emmené son épouse, notre tante Annie, pour des voyages qu’il jugeait sécuritaires. À une occasion, alors qu’il quittait les Caraïbes sur une goélette à destination de l’Europe au plus fort des attaques de sous-marins allemands, il a demandé à Annie de prendre un bateau à vapeur pour longer la côte jusqu’à chez elle au lieu de risquer le voyage transatlantique avec lui.  « Il n’en est pas question! » a déclaré Annie, en refusant catégoriquement. Il n’y avait pas de discussion avec Tante Annie.  Le voyage d’Oncle Gene s’est déroulé sans incident, mais le bateau à vapeur qu’il voulait que son épouse prenne a disparu et n’a jamais été revu.

Après avoir terminé son service actif, il a enseigné au Collège de navigation à St. John’s à Terre-Neuve. Au cours de ses dernières années, la mémoire du Capitaine Eugene commença à défaillir, même s’il eut des moments de lucidité surprenants. Vers la fin de sa vie, un intervieweur lui a demandé de lui parler de ses projets. Il a répondu : « Le second vient de mettre le cap et nous ne sommes pas loin du rivage céleste. » Notre Oncle Gene est décédé peu de temps après. Son nom est toutefois préservé par mon père de 88 ans, Eugene Burden, en l’honneur de son célèbre oncle.